L'esprit des lois -- pourquoi l'autonomie est une aporie
Un jeune damoiseau m'interroge : pourquoi ai-je fait le choix d'un portrait si laconique ? Et lorsque je réponds que je n'ai rien à dire sur moi qui ne soit erreur ou mensonge, l'ingénu s'exclame : « C'est pas bien le mensonge ! Mais du tout du tout ! ». Pour parler avec sincérité, reconnaissons-le tout net, le mensonge, c'est même très très mal voire très très très mal.
Cependant, mon jeune interlocuteur n'a pas saisi, semble-t-il, que ce n'est pas du mensonge honteux et banal qu'il est question ici, il ne s'agit pas de travestir la vérité. Mentir sur soi, cela ne commence-t-il pas dès que l'on parle de soi ? S'est-il rendu compte, ce jeune-homme, que lorsque l'on parle de soi nos mots nous changent nous-mêmes à mesure que l'on essaie de se révéler ? En somme, on s'appuie sur un mensonge fondateur : celui qui consiste à prétendre que l'on est objectif vis-à-vis de soi, c'est à dire que l'on peut être à la fois le sujet locuteur et l'objet du discours.
Mais laissons à d'autres le soin des derniers mots : « Ce n'était pas ma question ! -- Eh bien c'est ma réponse. »