Pour moi, soyez personne
Je voudrais dire que je souffre, que l'on m'écoute et que nul ne m'entende. Que mes mots, quels qu'ils soient, se diffusent dans un brouillard épais. Qu'on en capte une couleur, qu'aucun n'en connaisse l'auteur. Et je rêve d'aisance et de gloire. Pourtant je les récuse et les repousse. Ou n'est-ce que le regret que je fuis ?
Pitié, ne comprenez rien à mes mots ! Moi même ils m'effraient, je veux leur être tout étranger. Qu'on me permette de croire qu'ils n'ont pas de sens. Et que personne ne peut les démêler. Bien sûr, je sais, je me trompe. Mais au pays des illusions, seul l'aveugle peut régner. Pour moi, je vous en prie, soyez personne.
S'il devait y avoir un auditeur, il faudrait expliquer. C'est à dire analyser, interpréter, prétendre comprendre. Distinguer. Tenez, il faudrait expliquer ce qu'est cette souffrance. On m'interrogerait. Et je me sentirais obligé de mentir. Pour de vrai. Travestir la vérité. Par pudeur. Par politesse ? Par faiblesse. Mentir pour de vrai...